Étape 2 · Les semaines suivantes

Hériter d'un bien immobilier : estimer, garder, louer ou vendre

C'est souvent le poste le plus important de la succession, et celui qui fait le plus de dégâts entre frères et sœurs. Presque toujours pour la même raison : on discute du partage avant de savoir ce que vaut le bien.

Mis à jour le 12 août 2026Lecture 9 minutes

Le premier pas : savoir ce que vaut le bien

Information pratique

Pas un conseil fiscal : les impôts immobiliers et successoraux relèvent des cantons et parfois des communes, et ils changent. Pour une décision qui vous engage, faites confirmer les chiffres par un notaire ou l'administration fiscale de votre canton.

Tant qu'aucun chiffre n'est posé, chaque héritier raisonne avec le sien. Celui qui veut garder la maison la voit à 700'000 francs, celui qui veut vendre la voit à un million, et la discussion tourne en rond pendant des mois. Une estimation écrite déplace le désaccord sur un terrain vérifiable.

Encore faut-il savoir de quelle valeur on parle. Un même bien en a trois, et elles peuvent varier du simple au double.

La valeur fiscale

  • Celle qui figure dans la déclaration d'impôt du défunt. Elle sert à l'impôt sur la fortune et se situe souvent nettement en dessous du marché.
  • Pas le prix du marché

La valeur vénale

  • Le prix qu'on obtiendrait dans des conditions normales de marché. C'est la valeur qui compte pour le partage entre héritiers.
  • La référence

Le prix de vente réel

  • Ce qu'un acheteur accepte effectivement de payer, un jour donné. Il peut s'écarter de l'estimation dans les deux sens.
  • Connu à la fin

L'erreur la plus fréquente

Prendre la valeur fiscale de la dernière déclaration d'impôt comme base du partage. Dans plusieurs cantons romands, elle ne vaut qu'une fraction de la valeur de marché. L'héritier qui rachète la maison sur cette base fait une excellente affaire aux dépens de ses frères et sœurs, et le litige surgit souvent des années plus tard.

Un point juridique utile : pour le partage, les immeubles sont comptés à leur valeur vénale au moment du partage, et non au jour du décès. Si la procédure dure trois ans dans un marché qui monte, ce n'est pas neutre, et cela justifie parfois de réactualiser l'estimation.

Comment on estime un bien hérité, et qui peut le faire

Quatre voies, de la plus rapide à la plus solide. Chacune a son usage.

Estimation en ligne

  • Modèle statistique basé sur les transactions comparables. Instantané et utile pour un premier ordre de grandeur, mais aveugle à l'état réel du bien.
  • Gratuit

Agence immobilière

  • Visite sur place et rapport écrit. Rapide et concret, mais l'agence espère le mandat de vente : c'est à garder en tête.
  • Gratuit

Expertise indépendante

  • L'expert n'a aucun intérêt à la vente et rend un rapport opposable, méthode documentée à l'appui. C'est ce qu'il faut quand les héritiers ne s'accordent pas.
  • 1'000 à 3'000 CHF

Expertise judiciaire

  • Ordonnée par le tribunal si le partage se bloque. Longue et coûteuse, à éviter en s'entendant avant.
  • Variable

La règle qui évite la plupart des conflits : mettez-vous d'accord sur la méthode avant de connaître le chiffre. Deux estimations de sources différentes, avec la moyenne comme base de discussion, coûtent peu et suffisent dans l'immense majorité des cas. Chercher une troisième estimation après avoir vu les deux premières est le début du blocage.

Demander une estimation écrite

Décrivez le bien en quelques lignes (commune, type de bien, situation de la succession) et nous transmettons votre demande à un professionnel de l'estimation, qui vous recontacte. Sans engagement.

Certaines demandes sont transmises à des partenaires commerciaux de Funere. Nous pouvons être rémunérés lorsqu'une commande aboutit, ce qui ne change rien au prix que vous payez. Comparez toujours plusieurs offres avant de vous engager.

Une estimation d'agence est gratuite parce qu'elle vise le mandat de vente : si les héritiers sont en désaccord, prenez plutôt une expertise indépendante payante.

Garder, louer ou vendre : les trois voies et ce qu'elles impliquent

Le choix se fait rarement sur des chiffres seuls. Mais chaque voie a un coût que les familles sous-estiment.

Garder

  • Un héritier habite le bien et rachète les parts des autres.
  • Ce qu'il fautDes liquidités ou un crédit
  • L'accord deLa banque, sur l'hypothèque
  • Coûts récurrentsEntretien, charges, intérêts, impôts
  • RisqueSe surendetter par attachement

Louer

  • Le bien reste en indivision et rapporte un revenu partagé.
  • Ce qu'il fautL'unanimité, durablement
  • À organiserGérance, décisions, travaux
  • FiscalitéLoyers imposés chez chacun
  • RisqueLa mésentente dans dix ans

Vendre

  • Le bien est vendu et le produit réparti entre les héritiers.
  • Ce qu'il fautL'unanimité pour la vente
  • Délai courantPlusieurs mois
  • FiscalitéImpôt sur le gain immobilier
  • RisqueVendre trop vite, sous pression

Deux remarques de terrain. La location paraît être le compromis idéal, et c'est souvent la solution qui explose le plus tard : une indivision est une société sans statuts entre des gens qui n'ont pas choisi de s'associer, et chaque décision, du remplacement d'une chaudière au choix du locataire, exige l'accord de tous. Et garder par attachement est légitime, à condition de calculer ce que cela coûte chaque mois avant de s'engager.

Le partage entre héritiers quand le bien est unique

La difficulté est arithmétique avant d'être émotionnelle. Tant que le bien n'est pas vendu, la succession ne contient pas assez de liquidités pour donner à chacun sa part. Quelqu'un doit donc payer les autres, et c'est ce qu'on appelle le rachat de parts, ou la soulte.

Un exemple chiffré — Une villa, trois enfants héritiers, l'aîné souhaite la garder.
PosteCHF
Valeur vénale estimée900'000
Hypothèque reprise (Elle reste attachée au bien)− 300'000
Valeur nette à partager600'000
Part de chaque enfant (Trois parts égales)200'000
Ce que l'aîné doit verser à ses deux frères400'000
Ce que la banque doit accepter (Hypothèque reprise plus financement de la soulte)jusqu'à 700'000

L'héritier qui garde doit financer une opération proche d'un achat, avec les mêmes exigences de fonds propres et de capacité financière : parlez à la banque avant d'annoncer à la famille que vous gardez la maison. Les avoirs de prévoyance peuvent parfois être mobilisés lorsque le bien devient votre résidence principale, mais cela se vérifie au cas par cas auprès de la caisse de pension et de la banque. Et si le financement ne passe pas, il vaut mieux le savoir en semaine deux qu'en mois quatorze.

Sur le plan juridique, l'hoirie fonctionne à l'unanimité : aucune décision, pas même la mise en location, ne peut être prise contre l'avis d'un seul héritier. En contrepartie, chaque héritier peut demander le partage à tout moment. Si l'accord est impossible, le juge tranche et peut ordonner la vente du bien, le cas échéant aux enchères entre héritiers. Ce n'est jamais la meilleure issue financièrement, et c'est la raison pour laquelle une expertise indépendante payée à trois coûte infiniment moins cher qu'une procédure.

Impôts et frais à prévoir, canton par canton

  • Droits de succession — Un immeuble est imposé dans le canton où il se trouve, même si les héritiers vivent ailleurs. En Suisse romande, le conjoint est exonéré partout et les enfants dans la grande majorité des cas. Le détail figure sur notre page succession.
  • Impôt sur les gains immobiliers — La transmission par héritage ne le déclenche pas : il est différé. Il se calcule lors de la vente ultérieure, à partir du prix d'achat payé par le défunt, parfois il y a quarante ans.
  • Durée de possession reprise — Bonne nouvelle qui compense la précédente : l'héritier reprend aussi l'ancienneté du défunt, et dans la plupart des cantons le taux baisse fortement avec les années de détention.
  • Frais de notaire et registre foncier — Le transfert et le partage passent par un acte notarié et une inscription au registre foncier. Émoluments cantonaux, à demander par écrit à l'avance.
  • Impôt sur la fortune et valeur locative — Dès la propriété acquise, le bien entre dans votre fortune imposable, et son occupation ou sa mise à disposition a des effets sur votre revenu imposable.
  • Charges courantes — Entretien, assurance bâtiment, charges de copropriété, intérêts hypothécaires. Elles courent dès le décès, pendant toute la durée de l'indivision.

Le point qui change tout en cas de vente

Si l'hoirie vend le bien à un tiers, c'est elle qui supporte l'impôt sur le gain immobilier, calculé depuis l'acquisition par le défunt. Si le bien est attribué à un héritier dans le cadre du partage, l'imposition est en principe reportée, et la charge fiscale latente suit le bien. Les règles varient d'un canton à l'autre : faites chiffrer les deux scénarios avant de choisir.

Les délais réels : pourquoi rien ne presse

Aucune loi ne vous impose de vendre, de louer ou de décider dans un délai donné. Ce qui coûte, c'est l'absence de décision : les charges, elles, courent pendant ce temps.

  1. 1
    Jour du décèsLe bien passe aux héritiers

    En propriété commune. Les charges et l'assurance continuent de courir.

  2. 2
    3 moisFin du délai de répudiation

    Ne vendez rien et ne videz rien tant qu'il court, si la situation financière est incertaine.

  3. 3
    2 à 8 semainesCertificat d'héritier

    Indispensable pour toute démarche au registre foncier ou à la banque.

  4. 4
    1 à 3 moisEstimation et décision de principe

    Le bon moment pour la première estimation écrite, une fois les esprits calmés.

  5. 5
    6 à 24 moisPartage ou vente

    Durée courante quand les héritiers s'entendent. Beaucoup plus en cas de conflit.

Une seule urgence réelle : maintenir l'assurance bâtiment et le chauffage minimal en hiver. Un dégât d'eau dans une maison vide non assurée transforme un héritage en dette.

Connaître la valeur du bien, première étape de tout partage. Une estimation écrite pose un chiffre que chacun peut vérifier.

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Questions fréquentes

La suite du parcours

Cadre légal : Code civil suisse, articles 602 et suivants pour la communauté héréditaire et le partage, 617 pour la valeur d'imputation des immeubles. L'impôt sur les gains immobiliers et les droits de succession relèvent du droit cantonal et les pratiques diffèrent d'un canton à l'autre. Les montants indiqués sont des ordres de grandeur relevés en Suisse romande.