Étape 4 · Prévoir
Un accident, un AVC, une maladie qui avance : il suffit d'un moment pour ne plus pouvoir dire ce que l'on veut. Deux documents suisses répondent à cette situation, l'un pour les soins, l'autre pour l'argent et les démarches. Voici ce que chacun règle, et comment les faire sans se tromper de forme.
Mis à jour le 12 août 2026Lecture 12 minutes
Information pratique
Pas un conseil juridique : les modèles de cette page sont des points de départ. Dès qu'il y a un patrimoine important, une entreprise ou une situation familiale complexe, faites relire vos documents par un notaire ou un avocat de votre canton.
La confusion est constante, y compris chez des gens très organisés. Les directives anticipées concernent votre corps : quels traitements médicaux vous acceptez ou refusez. Le mandat pour cause d'inaptitude concerne tout le reste : vos comptes, vos factures, votre logement, vos démarches. L'un parle aux médecins, l'autre à la banque et à l'administration.
Faire l'un sans l'autre laisse une moitié du problème ouverte. Les deux n'obéissent pas non plus aux mêmes règles de forme, et c'est là que la plupart des documents échouent.
Directives anticipées
Mandat pour cause d'inaptitude
Cette page traite les deux dans l'ordre : d'abord les directives anticipées, puis le mandat. Les deux se préparent bien ensemble, souvent le même jour. Leurs modèles se trouvent en bas de page.
Toute personne capable de discernement peut écrire à l'avance quels traitements médicaux elle accepte et lesquels elle refuse, pour le jour où elle ne pourra plus s'exprimer. Il n'y a pas d'âge minimum lié à la majorité : ce qui compte est la capacité de discernement au moment de la rédaction.
On y règle en général la réanimation, le maintien artificiel des fonctions vitales, l'alimentation et l'hydratation artificielles, la prise en charge de la douleur, le lieu de fin de vie souhaité, et l'attitude face aux soins palliatifs. On peut aussi y désigner un représentant thérapeutique, c'est-à-dire la personne qui décidera à votre place et à qui vous pouvez donner des instructions.
Le médecin doit respecter ces directives. Il ne peut s'en écarter que si elles violent la loi ou s'il existe des doutes sérieux sur le fait qu'elles expriment votre volonté libre, et il doit alors motiver sa décision au dossier. C'est une protection réelle, celle qui sépare un document juridique d'une simple discussion en famille.
Sans directives, qui décide
La loi prévoit un ordre précis : le conjoint ou le partenaire enregistré s'il fait ménage commun ou vous assiste régulièrement, puis la personne qui partage votre logement en vous assistant, puis les descendants, les parents, les frères et sœurs. Pour ces trois derniers, uniquement s'ils vous assistent régulièrement et personnellement. Autrement dit, un enfant éloigné géographiquement n'a pas automatiquement voix au chapitre. Beaucoup de familles le découvrent au plus mauvais moment.
Le mandat désigne à l'avance la personne, ou l'entreprise, qui s'occupera de vos affaires si vous perdez la capacité de discernement : qui paiera vos factures, ouvrira votre courrier, traitera avec la banque et les assurances, décidera de votre lieu de vie. L'instrument figure dans le droit de la protection de l'adulte depuis 2013, aux articles 360 et suivants du Code civil.
Il ne produit aucun effet tant que vous allez bien. Le jour venu, l'APEA, l'autorité de protection de l'enfant et de l'adulte, vérifie que le mandat est valable en la forme, que la personne désignée est apte et accepte la mission, puis lui délivre un document qui énumère ses pouvoirs. C'est ce document que la banque demandera. Selon le canton, cette autorité s'appelle la justice de paix ou un tribunal de protection.
Sans mandat, votre conjoint ne peut pas tout faire à votre place, contrairement à une idée répandue. La loi lui accorde un pouvoir de représentation légale limité aux actes d'administration ordinaires : payer les factures courantes, ouvrir le courrier ordinaire, gérer le quotidien. Pour tout le reste, résilier un bail, vendre un bien, renouveler une hypothèque, déplacer des montants importants, partager une succession, l'accord de l'APEA est nécessaire.
Si personne ne dispose d'un pouvoir de représentation, l'APEA institue une curatelle et désigne un curateur, qui peut être un professionnel que la famille ne connaît pas. Le mandat sert d'abord à cela : garder la décision dans la famille, et épargner à vos proches le passage devant l'autorité au moment où ils ont déjà beaucoup à porter.
La loi découpe le mandat en trois volets, à confier ensemble ou séparément.
Les décisions qui vous touchent comme personne. Où vous vivez et qui s'occupe de vous, une éventuelle entrée en EMS, le quotidien, le courrier.
L'administration de vos revenus et de votre fortune. Factures, comptes, titres, immeubles, impôts.
Votre représentation envers les tiers. Banques, assurances, autorités, bailleur, contrats.
En pratique, on confie le plus souvent les trois volets à la même personne, avec un remplaçant si la première fait défaut. Rien n'empêche de partager : la fille pour l'assistance personnelle, la fiduciaire pour le patrimoine.
Ce qui pèse vraiment, ce sont les instructions concrètes que vous laissez. Faut-il garder l'appartement le plus longtemps possible ? Que deviennent les animaux, l'entreprise ? Y a-t-il des parts du patrimoine auxquelles personne ne doit toucher ? Un mandat qui répond à ces questions évite au mandataire d'avoir à deviner.
Le jour venu, le mandataire reprend un vrai travail, parfois pendant des années : comptabilité, contacts avec les autorités, comptes à rendre à l'APEA. La proximité affective ne suffit donc pas comme critère. Il faut de la confiance, et du temps. Un minimum d'aisance avec l'administration aide beaucoup.
Et surtout, demandez son accord à cette personne avant de la désigner. Le mandataire a le droit de refuser la mission, et un mandat confié à quelqu'un qui déclinera le moment venu ne sert à rien. Découvrir qu'on a été désigné mandataire au moment où l'on apprend l'hospitalisation d'un proche est une double épreuve.
Un remplaçant est presque toujours une bonne idée, au cas où la personne choisie ne pourrait pas ou ne voudrait pas assumer la charge. Et si vous n'avez personne autour de vous, ou si vous ne voulez charger personne : un professionnel peut être désigné, une fiduciaire ou une avocate, contre une rémunération que vous fixez dans le mandat.
C'est ici que la plupart des documents tombent. Les deux textes exigent l'inverse l'un de l'autre, et un mandat parfaitement rédigé mais tapé à l'ordinateur ne vaut rien du tout. Pour le mandat, la loi admet exactement deux formes, et pas de troisième.
Directives anticipées
Mandat pour cause d'inaptitude
La forme notariée a deux avantages concrets. Elle vous évite de recopier plusieurs pages à la main, exercice vite pénible. Et le notaire s'assure de votre capacité de discernement au moment de la signature : une contestation ultérieure devient nettement plus difficile. Contrairement au testament authentique, aucun témoin n'est nécessaire.
Un document introuvable est un document inexistant. Chacun des deux a son canal officiel, et ils ne sont pas les mêmes.
Faites inscrire leur existence et leur lieu de dépôt sur votre carte d'assuré. C'est prévu par la loi et le médecin doit la consulter en cas d'urgence. Remettez aussi une copie à votre médecin traitant et à votre représentant thérapeutique, et gardez l'original chez vous, à un endroit visible.
Demandez à un office de l'état civil d'inscrire son existence et son lieu de dépôt dans le registre fédéral. L'inscription est portée dans la banque de données centrale Infostar. L'office n'enregistre ni le contenu ni la validité, seulement le fait qu'il existe et où il se trouve. Lorsque l'APEA apprend une incapacité, elle interroge systématiquement ce registre.
Gardez l'original chez vous, à un endroit repérable, ou à l'étude du notaire, et remettez une copie au mandataire ainsi qu'à son remplaçant. Certains cantons proposent en plus un dépôt auprès de l'autorité de protection ou du notariat, contre un petit émolument.
Dites à deux personnes de confiance que ces documents existent et où ils sont. Ne les mettez pas dans un coffre-fort bancaire, qui s'ouvre trop tard.
Beaucoup moins que ce que les gens imaginent, et parfois rien du tout.
| Poste | Coût |
|---|---|
| Directives anticipées (Modèles gratuits de la FMH, de Pro Senectute, de la Croix-Rouge et de nombreux hôpitaux) | Gratuit |
| Mandat écrit à la main (Aucun coût, seulement du temps et un stylo) | Gratuit |
| Inscription au registre de l'état civil (Émolument cantonal pour l'inscription du lieu de dépôt) | Environ 75 CHF |
| Mandat en acte notarié (Tarif cantonal ; davantage avec des immeubles ou une entreprise) | 200 à 600 CHF |
| Accompagnement complet (Bilan de situation, rédaction coordonnée des deux documents) | Sur devis |
Rapporté à ce qu'une curatelle menée par l'autorité coûte à une famille en temps et en frictions, c'est peu. Un accompagnement complet comprend en général l'inventaire de ce qui doit être couvert (comptes, immobilier, entreprise, animaux), le choix du mandataire et de son remplaçant, l'inscription au registre de l'état civil et la mise en cohérence avec un testament ou une prévoyance funéraire existants.
Il devient vraiment utile quand il y a une entreprise, des immeubles, une famille recomposée, ou quand vous voulez régler d'un coup le mandat, les directives anticipées et le testament.
Décrivez votre situation en quelques lignes (canton, famille, patrimoine, ce qui doit être couvert) et nous transmettons votre demande à un professionnel des mesures anticipées, qui vous recontacte. Sans engagement.
Certaines demandes sont transmises à des partenaires commerciaux de Funere. Nous pouvons être rémunérés lorsqu'une commande aboutit, ce qui ne change rien au prix que vous payez. Comparez toujours plusieurs offres avant de vous engager.
Pour des directives anticipées simples, les modèles gratuits suffisent largement : la FMH en propose une version courte et une version détaillée, Pro Senectute publie le dossier Docupass, qui réunit les deux documents, et plusieurs hôpitaux universitaires romands mettent leurs formulaires à disposition, directement sur leurs sites.
Deux modèles, deux usages très différents. Le premier s'imprime, se complète à la main, se date et se signe. Le second ne s'imprime jamais pour être rempli : il se recopie, mot à mot, de votre main, ou passe par le notaire.
Modèle de directives anticipées
Je soussigné prénom, nom, né le date, domicilié à adresse, en pleine capacité de discernement, rédige les présentes directives anticipées pour le cas où je ne serais plus en mesure d'exprimer ma volonté.
Je désigne comme représentant thérapeutique prénom, nom, lien, téléphone, chargé de décider en mon nom des soins médicaux, conformément aux volontés exprimées ci-dessous. À défaut, remplaçant.
En cas de maladie ou d'atteinte dont l'issue serait probablement fatale, ou en cas d'atteinte cérébrale grave et durable : ce que vous acceptez et ce que vous refusez, par exemple réanimation, respiration artificielle, alimentation et hydratation artificielles.
Je souhaite que la douleur soit soulagée, même si cela devait avoir pour effet d'abréger ma vie. À conserver ou à biffer.
Lieu de prise en charge souhaité : domicile, hôpital, établissement. Accompagnement religieux ou spirituel : oui, non, précisions.
Ces directives annulent et remplacent toutes celles que j'aurais établies auparavant.
Fait à lieu, le date. Signature : signature manuscrite
Imprimez ou téléchargez le modèle, complétez-le à la main, datez et signez. Aucun témoin, aucun notaire. Faites ensuite inscrire son existence et son lieu de dépôt sur votre carte d'assuré, et remettez une copie à votre médecin traitant.
Attention à la forme
N'imprimez pas le modèle qui suit pour le remplir : il serait nul. Recopiez-le en entier de votre main, ou faites établir un acte authentique chez un notaire. La version téléchargeable sert d'aide-mémoire pendant que vous écrivez.
Modèle de mandat pour cause d'inaptitude
Je soussigné prénom, nom, né le date, domicilié à adresse, capable de discernement, constitue le présent mandat pour cause d'inaptitude au sens des articles 360 et suivants du Code civil suisse.
Pour le cas où je deviendrais incapable de discernement, je désigne comme mandataire prénom, nom, date de naissance, adresse. Si cette personne ne peut ou ne veut pas accepter cette mission, je désigne remplaçant.
Je lui confie l'assistance personnelle, la gestion de mon patrimoine et ma représentation dans les rapports juridiques avec les tiers, avec le pouvoir d'accomplir tous les actes utiles à cette fin, notamment préciser, par exemple gérer les comptes bancaires, payer les factures, traiter avec les assurances et les autorités, décider du lieu de vie et de prise en charge.
Instructions particulières : par exemple maintien à domicile aussi longtemps que possible, sort du logement, animaux, entreprise.
Le mandataire a droit au remboursement de ses frais et à une rémunération équitable : à préciser ou à biffer.
Le présent mandat annule tout mandat antérieur.
Fait à lieu, le date, écrit en entier de ma main. Signature : signature manuscrite
Un mandat imprimé, dactylographié ou photocopié n'a aucune valeur, même signé. Une fois le texte recopié, daté et signé, demandez à un office de l'état civil d'inscrire son existence et son lieu de dépôt dans le registre, et informez le mandataire.
Cadre légal : Code civil suisse, articles 360 à 369 pour le mandat pour cause d'inaptitude, 370 à 373 pour les directives anticipées, 374 pour la représentation par le conjoint et 378 pour la représentation dans le domaine médical. Les émoluments et les autorités compétentes sont fixés par les cantons. Cette page a une valeur d'information générale et ne remplace pas une consultation juridique individuelle.